Introduction à la lecture des Livres VII et IX de l'Éthique à Nicomaque d'Aristote



Contents

0.1 Vie et oeuvres d'Aristote

0.1.1 Dates importantes

Naissance en -384 à Stagire au nord de la Grèce, fils de Nicomaque, médecin du roi de Macédoine.

-366, il entre à l'académie de Platon où après avoir été élève il enseignera, mort de Platon en -347.

-Voyages

-345, naissance de son fils Nicomaque.

-343, précepteur du du fils de Philippe de Macédoine, Alexandre.

-336, Retour à Athènes où il fonde le Lycée, école rivale de l'académie (Athènes est soumise à cette époque à Alexandre).

-323, après la mort d'Alexandre, Aristote fuit Athènes pour se réfugier à Chalcis en Eubée (île de la mère Egée) où il meurt en -322 à 62 ans.

0.1.2 Les oeuvres

Son oeuvre publiée a quasiment disparu en totalité, les seuls oeuvres connues sont des notes de cours, soit rédigées par Aristote en vue de son enseignement, soit prises par des étudiants de l'académie suivant l'enseignement du maître ou participant à ses recherches.

L'oeuvre dont nous disposons a été publiée par Andronicos de Rhodes au 1^ siècle av. J.C.

On trouve plusieurs types d'ouvrages :

Logique (ORGANON, instrument de la philosophie)

Physique et biologie (qui sert en quelque sorte de modèle aux autres sciences), sciences qui étudient la nature.

Métaphysique qui étudie le premier principe, l'être en tant qu'être.

Philosophie pratique (morale et politique).

0.1.3 L'opposition à Platon

Elle concerne principalement la théorie des idées ; alors que pour Platon le monde est divisé en deux, le sensible et l'intelligible, le premier n'étant qu'un pâle reflet du second qui est composé des êtres véritables, pour Aristote l'intelligible n'est plus séparé du sensible. Le modèle qui sert de référence à la science n'est plus alors mathématique, mais biologique.

0.2 La morale d'Aristote

0.2.1 Science et Éthique

Pour Platon il y a une union parfaite entre la vie intellectuelle, morale et politique, la science conduit à la vertu, pour être juste il faut connaître ce qu'est la justice.

Chez Aristote il y a une dissociation entre la science et la vertu, le Bien morale ou pratique est à dissocier du Bien absolu qui est principe d'être chez Platon.

La morale n'est pas une science exacte, il s'agit plutôt d'une opinion droite sur les fins de l'action et les actions conformes à ces fins..

Pour Platon « nul n'est méchant volontairement », au contraire pour Aristote, il ne suffit pas de connaître ce qu'est la vertu pour être vertueux. Il faut aussi être naturellement disposé à la vertu.

Il s'agit donc d'une morale aristocratique, seuls les caractères nobles peuvent la pratiquer, le vulgaire ne peut agir conformément au bien que par crainte ou par habitude.

Il est également nécessaire de vivre dans l'aisance matérielle, on ne peut agir de façon désintéressée et libre que si l'on ne manque de rien.

0.2.2 Le Bonheur comme fin pratique

L'orientation d'Aristote est la suivante : Définir une fin et les moyens pour y parvenir ; en morale, il s'agit d'une fin pratique qui ne peut se déterminer que par des observations et par induction afin de comprendre en vue de quoi agissent les hommes, c'est-à-dire le bonheur, un bonheur humain accessible par des actions humaines.

Mais si le bonheur est une fin il n'est pas un résultat de l'action, il est présent dans l'action elle-même. Le bonheur est un absolu, un acte qui consiste dans la réalisation de soi, dans l'action vertueuse qui est accomplissement de soi.

La vertu : excellence dans l'accomplissement de la fonction qui est propre à un être, réalisation parfaite de son essence, la vertu est disposition acquise.

Essence : ni plus, ni moins ; on est homme ou on ne l'est pas.

Vertu : Degré de perfection dans l'accomplissement, des fonctions propres à l'homme, dans la réalisation parfaite de l'essence humaine.

Exemple : Tout homme est doué de raison, mais tout homme n'agit pas raisonnablement, même parmi les natures les plus nobles.

0.2.3 Quelle est la fonction propre de l'homme ?

C'est l'activité conforme à la raison et la vertu est perfection de cette activité.

L'éthique consiste à étudier comment dans tous les cas particuliers la raison peut pénétrer l'action afin de pouvoir déterminer, sans donner de règles générales, quand, dans quels cas, à l'égard de qui, en vue de quoi et de quelle manière il faut agir.

0.2.4 La vertu comme disposition acquise par la volonté

Il s'agit d'un effort pour agir conformément à la raison qui 'existe pleinement qu'en devenant habitude (seconde nature) comme si elle était naturelle.

Un homme n'est vraiment vertueux que s'il agit justement de façon quasi naturelle, sans peine, en y prenant plaisir, avec une volonté renforcée par l'habitude.

0.2.5 En quoi consiste la conformité de l'action à la raison ?

Éviter les excès : la juste mesure - ni trop, ni trop peu -, de même que dans la nature un être vivant peut mourir ou souffrir d'un excès, comme d'une absence de nourriture, de même dans la vie morale il faut faire preuve de mesure et de modération (CF. l'exemple de la colère - Éthique à Nicomaque, Livre IV, chap. 5).

Il n'y a pas de règles générales pour agir avec mesure, le milieu est toujours relatif (situé entre deux vices).

Cela dépend de la nature du sujet (on ne produira pas le courage de la même façon chez le timide qu'il faut stimuler et l'audacieux qu'il faut réprimer).

Cela dépend également des conditions de vie, la générosité n'est pas la même chez l'homme riche et l'homme modeste, chez le premier elle est magnificence (donner sans compter pour le bien commun, car compter serait mesquin) chez le second elle est libéralité nécessitant jugement et délibération.

0.2.6 La délibération

Volonté : Force intérieure concernant l'action, c'est en fait le point de départ de l'action. Une action volontaire s'effectue hors de toute contrainte matérielle ou morale.

Mais la volonté doit être orientée par un choix réfléchi, c'est-à-dire une délibération recherchant les divers moyens possibles de réaliser la fin de l'action.

Ce rapport entre volonté et délibération donne lieu à deux espèces de vertus.

0.2.7 Vertus éthiques et vertus intellectuelles ou dianoétique

Vertus éthiques : vertus de la volonté acquise par l'habitude pour modérer nos dispositions naturelles, elles nécessitent la force de la volonté.

Vertus intellectuelles : qualités de la pensée pratique aboutissant à l'action, elles nécessitent les lumières de l'intelligence.

Exemples de vertus éthiques : le courage, la justice,...

Exemples de vertus dianoétiques : la prudence (qualité de bien délibérer, prévoyance), le bon sens.

Conclusion

Rôle de l'amitié

Sa forme la plus haute est une condition de la vertu, elle consiste dans le même amour du bien et entraîne corrections et encouragements mutuels.

1. Aristote - Éthique à Nicomaque, Livres VII et IX (sur l'amitié)

1.1 Raison de l'étude

Thème du premier texte : Nécessité de l'amitié

Thèse : L'amitié est la condition du bonheur

L'amitié est une sorte de vertu (elle correspond donc à un degré de perfection dans l'accomplissement des fonctions propres de l'homme, dans la réalisation parfaite de l'essence humaine.

Elle est différente d'une passion ou d'une puissance, il s'agit plutôt d'un type de relation entre des hommes résultant de dispositions permanentes acquises par habitude et stables, résultant d'un choix libre.

L'amitié contribue donc à la perfection humaine.

« ...ne saurait aller sans vertu » Si elle n'est pas à proprement parler une vertu elle a pour condition la vie vertueuse.

Il n'y a de véritable amitié qu'entre des hommes vertueux. Il n'y a de vertu que dans l'amitié, elle est la condition sine qua non du bonheur.

Amitié = philia qui signifie au sens très large, tout sentiment d'affection et d'attachement pour les autres, ce qui entraîne altruisme et sociabilité.

L'amitié est le lien social par excellence et correspond à plusieurs modalités de ce que nous nommons couramment l'amitié proprement dite.

En tant que condition du bonheur, l'amitié est donc ce qu'il y a de « plus nécessaire à la vie ».

Pourquoi l'amitié est-elle nécessaire au bonheur et à la vie ?

Pour l'homme riche et puissant, elle permet de faire un bon usage de ses richesse et de les conserver ; en faisant profiter ses amis de ses biens le riche ne suscite ni n'entretient pas les jalousies, il donne un sens à sa richesse et par surcroît la protège, les vrais amis protègent la fortune de leur bienfaiteur et ne la convoitent pas.

« Plus la fortune est élevée et moins on peut en jouir avec sécurité. »

Pour l'homme modeste, l'amitié est un soutien.

L'ami plus riche est un soutien moral et matériel.

L'ami même pauvre est un réconfort qui compensera le manque de biens matériels.

Pour les jeunes elle est source des leçons données par les plus vieux.

Pour les plus vieux elle est un soutien face aux difficultés de l'âge.

Pour l'homme d'âge mûr elle est source d'une belle conduite, elle correspond au désir d'être reconnu par l'autre, d'être valorisé, d'être jugé positivement ; l'amitié est source d'émulation, elle incite à ne pas se laisser déshonorer devant l'autre.

Quelque soit sa condition l'amitié est bénéfique pou chacun.

L'union implique plus de puissance et permet de mieux se réaliser, de mieux accomplir sa perfection.

1.1.1 Les fondements naturels de l'amitié

Il y a des formes d'amitiés qui sont naturelles, ce qui prouve que l'amitié est en soi-même une bonne chose, car la nature ne fait jamais rien en vain.

Ex : L'affection paternelle et filiale chez les hommes et les animaux.

La nature sociale de nombreux êtres vivants dont l'homme.

« ...la nature a voulu la sympathie mutuelle que se témoignent tous les individus d'une même espèce, à commencer par les hommes. »

La philanthropie est valorisée dans toutes les sociétés.

L'homme aime naturellement la compagnie, les faits montrent qu'apparemment il ne supporte pas la solitude.

1.1.2 Caractère politique de l'amitié

Amitié = « lien qui unit les cités », la sociabilité étant une vertu de cohésion sociale et de concorde.

Supériorité de l'amitié par rapport à la justice : là où règne l'amitié la justice n'est pas nécessaire, là où règne la justice l'amitié reste nécessaire, la justice parfaite serait en quelque sorte la conséquence naturelle de l'amitié.

« seule la plus haute forme de justice paraît être de la nature de l'amitié »

1.1.3 Beauté et noblesse de l'amitié

L'amitié est une fin en soi

- en tant que nécessité : recherchée pour autre chose (sécurité, utilité, aide, cohésion sociale).

- en tant qu'elle est noble : recherchée pour elle-même, l'amitié est source de moralité car elle incite à être bon pour le plaisir d'être bon.

1.1.4 Les controverses sur la nature de l'amitié

Quelle est la nature de l'amitié ?

S'agit-il de l'attirance pour du semblable pour le semblable ou à l'opposé de l'attirance pour le dissemblable ?

Aristote nous propose un bref survol des différentes thèses sur la question ; toutes ces conceptions reposent sur l'observation des naturels et induisent de certains faits une règle générale.

Référence à un proverbe :

« le semblable cherche son semblable, le geai vole auprès du geai. »

Référence à un vers d'Hésiode s'opposant à cette idée :

Les uns sont à l'égard des autres «  comme de véritables potiers », c'est-à-dire qu'ils se jalousent.

Puis référence à une réflexion plus approfondie d'Euripide :

« La terre, lorsqu'elle est desséchée, est éprise de la pluie et que le ciel majestueux lorsqu'il est chargé de pluie, brûle du désir de se précipiter au sein de la terre »1.1

Cette citation signifie que les contraires aspirent mutuellement à être unis les uns avec les autres.

Cette thèse est d'ailleurs renforcée par une référence au philosophe Héraclite1.2 pour qui l'harmonie naît de l'union des contraires :

« l'opposition est utile, la plus belle harmonie résulte des dissonances, tout naît de la discorde. »

En revanche une référence à Empédocle1.3 tend à affirmer la thèse opposée :

« le semblable tend à s'unir au semblable »

Mais Aristote semble se méfier de cette manière d'appréhender l'amitié ne se fondant que sur des raisonnement par analogie ou par induction, et des comparaison douteuses.

Au lieu d'expliquer l'amitié par rapport à ce qui lui est étranger, extérieur, il est préférable de l'analyser pour lui-même à partir d'une meilleure connaissance de ce dont il procède directement, c'est-à-dire la nature humaine ainsi que les moeurs (comportements) et les passions (sentiments, désirs, affections) qui en découlent.

Les questions que se pose Aristote sont donc de ce type :

L'amitié peut-elle exister entre des hommes méchants ?

Y-a-t-il une ou plusieurs espèces d'amitié ?

1.2 Les différentes espèces d'amitié

1.2.1 L'amitié bienveillante active et réciproque

Quelle est la cause de l'amitié ?

La recherche du bien et du plaisir.

Nécessité de la réciprocité (thème d'autrui)

1.2.2 Les trois sortes d'amitié

Aristote distingue trois sortes d'amitié.

Ces deux forme d'amitié relève de l'amitié intéressée

Cette dernière forme d'amitié est désintéressée, l'ami n'est plus un moyen, mais est une fin en soi, il s'agit de la forme la plus pure et la plus vraie de l'amitié.

Dans tous les cas sont recherchés le bien et le plaisir, mais ce qui différencie les deux premières formes de la troisième, c'est que dans les premières les fins sont particulières (ce qui est bon ou plaisant pour nous) ; tandis que dans la troisième les fins sont universelles et absolues, ce qui est bon et aimable en soi, autrement dit pour Aristote, ce qui correspond à la pleine et entière réalisation de la nature humaine (mesure, tempérance, raison).

Ainsi avoir des amis pour faire des affaires relève de l'amitié utile pouvant conduire à commettre des actes immoraux et déraisonnables.

De même avoir des amis dans la débauche relève de l'amitié agréable pouvant conduire à l'intempérance et la démesure s'opposant à la raison.

En revanche l'amitié dans l'étude, l'acte généreux, l'action politique désintéressée relève d'une amitié noble et vertueuse.

Il y a donc deux sortes de choses qui peuvent être qualifiées d'aimables : « les deux ne s'accordent pas toujours », (CF. les deux exemples précédents) ;

- « ce qui paraît tel » = ce qui est le plus couramment reconnu

- « ce qui l'est véritablement » = reconnu par les âmes nobles.

Il y a donc trois raisons de l'amitié :

Mais qu'est-ce qui peut être objet d'amitié ?

- Pas les choses inanimées.

- Pourquoi ?

Parce qu'il n'y a pas alors de réciprocité, il s'agit là d'un des caractère essentiel de l'amitié.

Certes nous pouvons aimer ces choses, mais pas comme nous aimons d'autres hommes (CF. la question d'autrui, autrui = une autre personne capable des mêmes sentiments et pensées que nous).

Je puis aimer une chose, mais celle-ci ne peut m'aimer, je puis aimer une chose parce qu'elle me fait du bien, mais je ne puis lui vouloir du bien (CF. l'exemple du vin).

L'amitié suppose donc de vouloir du bien pour une autre personne dans le seul intérêt de celle-ci.

« vouloir du bien à un ami uniquement pour lui-même. »

Autre caractère de l'amitié : la bienveillance ; l'amitié suppose la bienveillance réciproque = vouloir du bien à quelqu'un qui nous veut du bien.

Problème : Pourquoi ne peut-on être ami avec celui qui nous veut du mal ?

- Perversité : rechercher le mal plus que le bien.

Ou

- Tromperie : mais y-a-t-il véritablement amitié dans l'erreur ?

Ou

- Soumission : y-a-t-il véritablement amitié dans l'abaissement de soi ?

(Tout ceci ne signifie pas qu'il est impossible de respecter ou d'aimer son ennemi.)

L'amitié est donc définie par Aristote comme bienveillance réciproque, et à ces deux caractères il en ajoute un troisième : l'activité.

Il s'agit donc d'une bienveillance active et réciproque.

Active = en acte (à distinguer de en puissance) = réel (à distinguer de possible)

L'amitié signifie que chacun sait que l'autre lui veut du bien et qu'il agit en vue de cette fin. Dans le cas de ce qu'Aristote nomme la bienveillance, il n'y a pas amitié, mais un sentiment caché pour les uns et les autres.

1.2.3 L'amitié utile, l'amitié plaisante, l'amitié vertueuse.

3 objets :

==> trois espèces d'amitiés

Mais les deux premières ne sont qualifiées d'amitié que par analogie et ne sont que des formes dégradées de l'amitié. La fin visée n'est pas le bien de l'autre mais son bien personnel ==> le profit ou le plaisir que l'on peut en tirer ==> l'ami n'est pas une fin mais un moyen (il est utilisé un peu comme une chose).

Il n'est pas aimé pour lui-même, mais pour ce qu'il peut apporter dans le cadre de certaines circonstances ou occasions (d'où le terme accidentel qui signifie ce qui peut varier, changer en fonction du hasard).

Ainsi dans la recherche de l'utile ou de l'agréable, celui qui sera traité comme un ami dans certaines circonstances ne le sera plus dans d'autres ==> fragilité de l'amitié.

En revanche dans l'amitié véritable et vertueuse, on aimera l'autre pour lui-même, quelles que soient les circonstances, on l'aime, pour ce qu'il est, pour ses qualités essentielles.

1.2.3.1 L'amitié intéressée (fondée sur l'utilité) et l'amitié fondée sur le plaisir

1.2.3.1.1 L'amitié intéressée

- Chez le vieillard ==> il fuit plus la douleur qu'il ne cherche le plaisir

- Chez les jeunes gens ==> le profit consiste dans l'honneur et les richesse, la recherche d'un avantage personnel.

1.2.3.1.2 L'amitié d'agrément

Il s'agit d'une amitié fragile déterminée par l'instabilité des passions (comme l'amour qui peut rompre une amitié (CF distinction amour - passion et amitié - vertu), l'amour apparaît souvent comme l'ennemi de l'amitié.

1.2.3.1.3 L'amitié vertueuse

Pour qu'il y ait véritable amitié ==> le désintéressement et le souci de l'autre doivent se situer des deux côtés.

« les hommes bons et semblables en vertu »

Cette bonté essentielle inscrite dans la nature profonde de l'ami véritable s'oppose aux circonstances accidentelles qui déterminent les autres formes d'amitié.

Cependant utilité et plaisir ne sont pas étrangers à cette forme, simplement ils n'occupent pas le même statut. Dans l'amitié intéressée je recherche la compagnie de l'autre parce qu'il m'est utile il me procure du plaisir (l'autre n'est qu'un moyen), dans l'amitié vertueuse je m'ouvre sur l'autre pour lui être utile , lui faire plaisir (l'autre est une fin).

==> Conciliation de l'absolu (essentiel) et du relatif.

==> Le plaisir de l'amitié = le plaisir de faire plaisir, le plaisir de se satisfaire dans la satisfaction de l'autre qui est un autre soi-même ==> sentiment de perfection partagée dans l'amitié (relation désintéressée dont seul l'homme est capable).

Désintéressement ==> caractère durable et stable de cette relation ==> communauté d'être.

==> réservée à une élite d'âmes nobles).

==> Retenu ==> mieux connaître l'autre

==> établir la confiance.

==> Une amitié trop vite contractée est fragile

1.2.3.2 Comparaison de l'amitié vertueuse et des autres amitiés

- Ressemblance amitié agréable / amitié vertueuse.

- L'amitié vertueuse n'est pas étrangère au plaisir, chacun prend plaisir à la compagnie de l'autre.

- L'amitié vertueuse n'est pas étrangère à l'utilité non plus « les vertueux sont utiles... »(CF. p. 35).

Mais plaisir et utilité ne sont pas la fin de l'amitié, si l'amitié ne disparaît pas avec le plaisir et l'intérêt (CF. l'exemple des amoureux).

==> Autres liaisons = amitié par analogie (Amitié entre ceux qui ont une âme noble et un goût naturel pour la vertu).

1.2.4 Conditions de la véritable amitié

1^ condition = l'activité

2^ condition = se rendre agréable à l'autre

3^ condition =la vie commune (la fréquentation régulière)

4^ condition = être vertueux (condition fondamentale)

==> la réciprocité ==> l'égalité ==> aucun des deux amis n'est désavantagés.

Chacun trouve son bonheur dans l'amitié pour l'autre, le plaisir, le bonheur qu'il procure à l'autre lui donne à lui-même comme par surcroît plaisir et bonheur. Chacun se fait du bien à lui-même en faisant du bien à l'autre ==> le plaisir est ici celui que procure la réalisation de la vertu en l'autre et en soi-même.

« Aimer son ami c'est aimer ce qui est bon pour soi-même. »

De plus la réciprocité fait que chacun reçoit du bien de l'autre :

« Chacun de son point de vue, etc.. » (CF p. 38)

1.2.5 Comparaison des diverses sortes d'amitiés

L'amitié est rare chez les vieillards qui se lient difficilement et a contrario très fréquente chez les jeunes qui se lient trop facilement pour que l'amitié puisse être toujours authentique.

- L'amitié vertueuse est rare comme la vertu et suppose une connaissance approfondie de l'autre, ce qui n'est pas le cas de l'amitié plaisante et intéressée.

- familiarité entre amitié agréable et amitié parfaite ==> goût pour le plaisir mais vertu insuffisante pour faire l'effort de rechercher le Bien ==> vertu ==> volonté.

1.2.5.1 L'amitié pour les hommes au pouvoir

Si l'amitié est égalité peut-il y avoir des amis pour un homme qui détient le pouvoir ?

PB : Sa supériorité sociale ne risque-t-elle pas de nuire à l'égalité nécessaire de l'amitié ?

==>  Souvent d'ailleurs les amitiés des gouvernants sont, soit agréables, soit utiles (cf, p. 39).

Est-ce-à-dire que l'amitié pour un dirigeant soit impossible ?

==> Non, si la vertu prend le pas sur la puissance et la supériorité sociale.

==> Le dirigeant doit être vertueux et reconnaître la vertu de l'autre.

==> Il ne profite pas de sa supériorité pour dominer l'autre et l'autre ne l'aime pas pour sa supériorité, mais pour sa vertu.

==> Cas fort rare car vertu et pouvoir sont difficilement compatibles ==> il faut pour cela que celui qui détient le pouvoir ne l'aime pas pour lui-même mais comme moyen de réaliser la vertu (peut-être référence au philosophe-roi de Platon ==> peu réaliste pour Aristote.).

Conclusion

L'amitié vertueuse a comme caractère propre de ne pouvoir être calomniée et de demeurer stable car elle est indépendante des conditions contingentes (âge, position sociale ou autre).

1.2.6 Les amitiés entre inégaux

En tant qu'elle nécessite un rapport de réciprocité l'amitié est présentée par Aristote comme une égalité ==>  je dois considérer mon ami comme mon égal.

Qu'en est-il alors de l'amitié entre inégaux ?

Certes dans l'amitié véritable ce n'est pas la valeur sociale qui détermine la relation d'amitié, mais la valeur morale, la vertu. Mais ces amitiés comme le fait remarquer Aristote sont fort rares. D'autre part ce type de relation n'est pas toujours possible car souvent c'est la relation d'inégalité qui fonde l'amitié (ex : le lien naturel qui unit un père à son fils, mais peut-on encore parler d'inégalité dans un tel cas ?).

Aussi Aristote nous présente-t-il l'amitié entre inégaux comme « une autre espèce d'amitié », cela ne signifie pas qu'il s'agisse d'une quatrième sorte d'amitié s'ajoutant au trois premières (utile, agréable, vertueuse) mais d'une forme qui peut être prise par ces trois sortes d'amitiés qui sont chacune soit entre égaux, soit entre inégaux.

Quelles peuvent être les conditions d'une amitié entre inégaux ?

- le lien filial et plus généralement la différence d'âge.

- la différence de sexe

- la position dans une hiérarchie (sociale ou politique).

Dans ce type d'amitié c'est la relation d'inégalité qui détermine le sentiment dont se nourrira cette amitié et qui ne sera pas de même nature dans un sens ou dans l'autre.

Différences également selon les termes de la relation (père/fils, mari/femme, chef/subordonné)

EX : l'amitié entre un père et son fils ne repose pas sur des sentiments de même nature selon qu'il s'agit de celui que le père ressent pour son fils ou de l'inverse.

Père / fils = tendresse s'accompagnant de l'exercice d'une autorité

Fils / père = tendresse ==> respect

==> Dans chaque cas les vertus qui sont appréciées chez l'autre ne seront pas les mêmes.

==> A quel type d'égalité ou de réciprocité aura-t-on affaire ?

« L'amitié sera stable et équitable lorsque chaque partie rendra à l'autre ce qu'elle lui doit »

==> répondre à la juste autorité du père par un respect correspondant ==> « l'attachement doit être proportionné aux avantages reçus ».

« que le meilleur soit aimé plus qu'il n'aime »

==> Égalité proportionnelle = aimer l'autre au moins autant qu'il nous aime en lui donnant ce qu'on lui doit (respect, service, etc.)

==> reconnaître son mérite par des manifestations d'estime proportionnelles à ce mérite.

1.2.6.1 Différence amitié - justice

- Justice distributive en fonction des inégalités de mérite.

- Amitié ==> Bienveillance réciproque ==>  égalité initiale dans les quantités d'avantages reçus qui rend possible l'amitié entre hommes de même mérite.

Mais malgré mon mérite si je ne puis donner autant que je reçois ==> il ne peut y avoir de véritable amitié ==> « Une trop grande disparité (...) rend impossible l'amitié, en enlève même l'idée »

Ex : je ne pourrais être l'ami d'un dieu, d'un roi ou d'un homme plus sage que moi.

==> problème de mesure (on se situe dans le qualitatif).

==> problème : Souhaitez que nos amis nous dépassent, n'est-ce pas souhaiter la fin de l'amitié ?

__________

1.2.7 Conséquences de l'inégalité

Des difficultés de l'amitié entre inégaux s'ensuit un certain nombre de conséquences pouvant donner lieu à des amitiés inauthentiques.

1.2.7.1 La flatterie

Son origine = l'ambition et le désir d'être aimé, ou d'être reconnu comme supérieur.

Sa nature = relation entre un homme et un autre qui insiste sur la supériorité du premier.

==> Le flatteur cultive le désir de l'ambitieux et le trompe en feignant le désir d'aimer et de considérer l'autre comme réellement supérieur ==> en feignant l'estime et la considération ==> la reconnaissance de la valeur de l'autre.

Les hommes sont généralement avides d'estime et de considération ;

- soit par intérêt : on obtient les faveurs de ceux qui nous estiment, ainsi le flatteur en feignant d'estimer un homme haut-placé se trouvera peut-être estimé en retour et en tirera des bénéfices.

- soit par orgueil : désir de voir confirmer la valeur que l'on s'accorde à soi-même, ==> ils veulent que cette confirmation soit authentique et crédible, c'est pourquoi ils recherchent l'amitié d'hommes « bons et sages » ==> au jugement desquels on pourra se fier.

Pourtant l'objet d'un tel désir rend-il l'amitié authentique ?

Pour Aristote, non ==> non-conformité avec la définition même de l'amitié (bienveillance réciproque).

Amitié authentique ==> d'abord le souci de l'autre, puis la réciprocité ==> aimé et être aimé.

Or le sentiment ici décrit = tout d'abord et presque uniquement souci de soi au sens le plus égoïste et le plus vulgaire de l'expression (intérêt, orgueil et vanité).

Or « l'amitié véritable consiste plus à aimer qu'à être aimé. » ==> aimer sans rien espérer en retour.

Illustration ==> l'amour de la mère pour ses enfants.

La véritable amitié consiste à aimer l'autre pour son mérite et sa vertu.

==> Dans ce cas l'amitié entre inégaux est possible et authentique ==> rétablissement de l'égalité.

==> On n'aime pas l'autre pour sa supériorité sociale ou politique, mais pour son mérite et sa vertu et l'autre nous aime pour les mêmes raisons. Ainsi l'inégalité sociale et apparente est contrebalancée par une inégalité morale et plus profonde. Deux véritables amis inégaux socialement sont égaux en vertu si leur amitié est véritable et non guidée par l'intérêt ou la recherche du plaisir des sens.

==> importance de la ressemblance dans la vertu qui en tant que disposition stable rend stable la relation avec l'autre. Les vrais amis entretiennent mutuellement leurs vertus en évitant de s'écarter du droit chemin et en dissuadant l'autre de le faire.

A la différence de l'amitié vicieuse qui est imprévisible et instable, chacun est toujours prêt à tromper et aucune confiance ne peut régner dans une telle relation qui est toujours de courte durée ; elle est plus courte encore que l'amitié intéressée ou fondée sur le plaisir dans la mesure où peuvent y règner la bienveillance et l'honnêteté.

Amitié entre inégaux = souvent intéressée. Mais dans ce cas l'égalité n'est pas rétablie (CF. amant : aimé). L'un aime l'autre pour ce qu'il possède (amant-ignorant) l'autre aime celui qui reconnaît sa spériorité (aimé-savant).

==> Hypothèse d'une complémentarité pour tendre vers un juste milieu dans les relations entre opposés.

==> Analogie avec la physique qui n'est pas poussée à son terme.

1.3 Amitié et justice

1.3.1 Toute association suppose de l'amitié au sens large et pose des problèmes de justice

Caractère commun, amitié / justice ==> tous deux présents dans les communautés humaines.

==> amitié = lien social ==> « mise en commun » ==> totale ou partielle.

==> justice : respect des droits de chacun dans la communauté ; ==> ; ce qui limite la mise en commun et détermine les droits et devoirs de chacun en fonction de sa situation et de son rôle dans la communauté.

EX : Dans une famille les droits ne sont pas les mêmes pour tous ==> ils expriment et définissent à chaque fois des rapports différents.

==> L'injustice va donc se mesurer en fonction du degré d'amitié ==> selon la nature du lien qui unit les membres d'une communauté ce qui sera injuste dans l'une, sera juste dans l'autre.

De même variation dans la gravité de l'injustice.

PB : Pourquoi est-il plus grave d'être injuste envers un ami qu'envers un citoyen quelconque ?

==> deux fautes sont commises ==> le manque de respect par rapport à la loi

==> le manque de respect par rapport aux engagement en abusant de la confiance de l'ami.

- La confiance mutuelle, la bienveillance réciproque font que « la nature exige que l'obligation d'être juste croisse avec l'amitié ».

==> Recoupement entre amitié et justice même dans la société politique ==> qui ont pour lien l'amitié dans le but de réaliser des fins utilitaires et ce qui va dans le sens de ces fins (partagées par tous) = l'intérêt général en fonction duquel se définit la justice = ce qui est conforme à l'intérêt général, à la fin que tous poursuivent dans le cadre de l'union en société.

Association restreinte ==> intérêt particulier.

Mais ces associations sont réunies dans une société plus large dont le but est ==> l'intérêt général.

==> intérêt particulier = ce qui sert à certain à un moment donné.

==> intérêt général = ce qui sert à tous durant toute la vie.

Société politique = Tout ce qui se fait en son nom se fait en commun dans l'intérêt de tous (ex : les fêtes qui renforcent le lien social.

1.3.2 Toute association est un fragment de la société politique

Trois formes de gouvernement :

Royauté ==> gouvernement d'un seul (la meilleure pour Aristote)

Aristocratie ==> gouvernement des meilleurs

République ==> timocratie ==> gouvernement des plus riches (la plus mauvaise)

Dégénérescence de ces formes de gouvernements

Royauté dégénère en tyrannie

Toute deux = monarchie (mono = un seul, arché = principe)

Différence fondamentale :

Royauté ==> Le roi gouverne dans l'intérêt de ses sujets (attitude vertueuse). Il aime son peuple avant de s'aimer lui-même.

Tyran ==> gouverne dans son intérêt propre (pire forme de gouvernement). ==> le meilleur en se dégradant par la corruption engendre le pire.

Aristocratie (gouvernement des meilleurs) dégénère en oligarchie (gouvernement d'une minorité s'accaparant le richesses.

Timocratie (gouvernement de la majorité parmi ceux disposant d'une certaine fortune) dégénère en démocratie (gouvernement de l'opinion = forme la moins mauvaise des gouvernements corrompus

La plus mauvaise des formes pures de gouvernement entraîne la moins mauvaise des formes dégradées ; on peut donc se demander si en droit la monarchie est réellement la meilleure forme et si la démocratie ne lui est pas préférable ?

==> Analogie avec gouvernement des familles ; père = une sorte de roi (même dégénérescence possible) (famille = unité de base de la société) ; mari = aristocratie (le meilleur gouverne).

1.3.3 L'amitié et les constitutions politiques

amitié = lien social

Justice = respect des droits de chacun en fonction de la nature du lien social, de ce qui est mis en commun.

Dans toute forme de gouvernement l'amitié est proportionnée au rapport de justice ==> plus la justice est respectée, plus l'amitié est intense et réelle, c'est-à-dire plus le lien social est puissant ==> C'est l'amitié qui détermine la nature de la justice et la justice en tant que respect des principes du lien social cultive l'amitié entre les membres d'une cité et entre les citoyens et ceux qui les gouvernent.

1.3.3.1 Dans la monarchie

Le monarque est un ami pour ses sujets s'il met sa supériorité au service de la bienfaisance, c'est-à-dire s'il use de son autorité pour le bien de tous (comparaison avec le berger qui prend soin de son troupau). Autorité monarchique analogue à celle du père avec ses enfants.

Cependant il ne s'agit pas d'une analogie et non d'une identité.

Analogie = identité du rapport mais non des termes du rapport qui ne sont pas de même nature.

==> La tendresse du père l'emporte sur celle du monarque par la grandeur des bienfaits.

Le père donne la vie à ses enfants et les aide à croître, à réaliser leur nature, à devenir plus parfait.

Le monarche ne fait que régler les conditions d'existence de ses sujets.

L'autorité du père est naturelle, comme celle des plus âgés et des rois ==> Elle est l'exercice de la supériorité naturelle qui est détenue par certains qui la mettent au service des autres ==> mérite le respect ==> digne d'estime ==> Elle réalise ce qu'elle doit être et il faut qu'elle soit pour cela reconnue comme valeur. Elle fait effort pour bien assumer sa nature et ne pas en abuser, ce qui doit nous conduire à reconnaître sa valeur.

1.3.3.2 Aristocratie

Analogue au gouvernement du mari sur la femme ==> le meilleur gouverne ==> Dans c e type de gouvernement le lien social se fonde sur le principe selon lequel le meilleur tire des avantages en raison de sa supériorité naturelle (mais ne va pas au-delà).

1.3.3.3 Timocratie

Analogue à l'amitié entre frères, il s'agit d'un lien social fondé sur l'égalité.

==> Ainsi quelle que soit la forme du gouvernement, plus la justice est respectée, plus l'amitié est forte. Par contre, tout se produit à l'inverse dans les formes de gouvernements corrompus ==> plus il y a d'injustice, moins il y a d'amitié.

1.3.3.4 Tyrannie

Tyrannie = forme corrompue de la monarchie ==> exercice d'un pouvoir despotique (constitution la plus perverse).

==> Pourquoi n'y-a-t-il plus d'amitié entre le despote et ses sujets ? ==> Parce qu'il les considère comme des moyens et non comme des fins, donc il les utilise comme des objets, et comme on ne peut aimer un objet, on ne peut considérer qu'il y a amitié entre le tyran et ses sujets, comme il ne peut y avoir d'amitié entre le maître et son esclave (considéré en tant qu'esclave et non en tant qu'homme).

==> Dans la tyrannie pas de loi commune entre le souverain et ses sujets, pas de convention réglant leurs rapports, le tyran ne respecte aucune loi et n'agit qu'à sa guise en vue de son intérêt propre (différent du monarque qui s'impose comme règle de faire usage de sa supériorité pour le bien de sa cité ==> il voit dans la cité une fin et non un moyen.

==> Le tyran ne peut avoir d'amis car il fait régner l'injustice, à différencier de la démocratie qui suppose l'égalité donc l'amitié et la justice (c'est pourquoi la démocratie est la moins corrompue des formes dégradées de gouvernement).

1.3.4 Relations familiales et relations amicales

1.3.4.1 Thème : Nature et fondement de l'affection familiale

Distinction :

- relation / famille ==> lien naturelle

- relation / étrangers ==> lien artificiel

Fondement de l'affection entre les membres d'une même famille = amour des parents pour leurs enfants.

==> C'est parce que les parents aiment leurs enfants que les enfants aiment leurs parents et tous les autres membres de leur famille.

1.3.4.2 Nature de l'attachement des parents pour leurs enfants

==> Conscience chez les parents d'une communauté de nature avec leurs enfants (ce qui n'est pas réciproque).

« Il y a une communauté plus étroite entre le principe d'existence (les parents) et l'être engendré (l'enfant), qu'entre cet être et son principe. »

==> affection plus forte des mères pour leurs enfants ==> plus étroite.

Pourquoi est-ce ainsi ?

==> L'enfant est pour les parents une partie de leur être (communauté substantielle ==> même substance).

==> L'égoisme en s'étendant hors de soi ==> altruisme.

Mais la réciproque n'est pas vrai, surtout durant les premières années de la vie de l'enfant ==> Il n'a pas l'intelligence suffisante pour comprendre cette communauté de nature, les parents ne sont eux que « la simple cause de leur existence » = ceux dont ils se sont détachés.

Cependant la conscience de ce principe d'existence que sont les parents ==> l'amitié fraternelle qui se fonde sur une communauté d'origine qui se trouve renforcée par une communauté d'éducation.

C'est pourquoi l'amitié entre frères engendre la camaraderie, le camarade étant celui avec qui on partage les mêmes habitudes et une certaine intimité de vie.

==> Amitié fraternelle = communauté d'origine + communauté d'éducation et d'habitudes ==> intimité.

==> même relation avec cousins ou membres d'une même famille ==> les degrès d'intimité sont moindres et proportionnelles à l'éloignement.

Cependant cette affection entre membres d'une même famille n'est pas systématique, elle a pour condition le respect de certains devoirs, la manifestation propre au rang que chacun occupe dans la hierarchie familliale, comme le montre les différentes formes du lien familial.

1.3.4.3 Tendresse des parents pour leurs enfants

« Au reste la tendresse pour les parents comme le respect des dieux repose sur la reconnaissance de leur bonté et de leur supériorité »

==> La tendresse sera proportionnelle aux bienfaits reçus par les enfants (l'existence certes, mais aussi l'entretien et l'éducation).

1.3.4.4 La camaraderie entre frères

De même la camaraderie entre frères suppose aussi certaines conditions :

==> vie commune durant un temps suffisamment long pour que des liens solides s'établissent.

==> caractères compatibles

==> environ du même âge.

1.3.4.5 L'affection conjugale

Si le lien conjugal est apparemment artificiel en tant qu'il unit eux membres d'une famille différente, il ne l'est pas réellement caa il repose sur l'attirance naturelle de l'homme et de la femme l'un pour l'autre :

« L'homme est enclin naturellement au couple plus qu'à la société politique. La famille est, d'ailleurs, antérieure à la société, plus nécessaire qu'elle. »

Ainsi Aristote insiste sur le caractère fondamental de la famille dans la société, le lien social initial sur lequel tout le reste de l'édifice s'est établi. Elle est donc plu nécessaire que la cité puisque sans la famille il n'y aurait pas de cité, sa finalité étant celle sur laquelle se fonde celle de la cité ==> la satisfaction de tous les besoins vitaux.

1.3.4.6 Différence entre l'accouplement chez l'homme et chez l'animal

Le seul but de l'animal = procréation

==> Chez l'homme : procréation + satisfaction de tous les besoins de la vie humaine ==> poursuite en commun du bonheur et comme tout lien d'amitié celui-ci peut être fondé sur l'utile, l'agréable et (ou) la vertu ==> chacun remplissant la tâche pour laquelle il est naturellement compétent dans le couple « sa vertu propre » ==> qui réjouit l'autre.

1.3.4.7 Rôle des enfants dans la famille

==> renforcement du lien conjugal.

==> Les enfants en tant qu'ils sont comme l'a écrit précédemment Aristote, pour les parents « une partie d'eux-mêmes » sont la manifestation tangible de leur union, la réunion dans un même être de leur deux êtres séparés.

En tant que « l'amitié est d'abord une mise en commun » (CF. p.44) les enfants en tant que bien commun appartenant au couple deviennent la raison d'être du couple, lui donne sens et renforce ainsi son union ==> « les couples sans enfants se désunissent plus facilement ».

==> Ainsi pour que la relation entre mari et femme soit harmonieuse il est nécessaire que chacun agisse justement.

C'est pourquoi Aristote rappelle à la fin de ce texte le lien étroit qui unit amitié et justice, l'amitié étant le lien social ou d'union entre deux êtres reposant sur la mise en commun de certains biens et la justice, le respect des droits et des devoirs de chacun en fonction de la nature du lien social, de ce qui est mis en commun.

==> Dans le couple les règles de justice à respecter correspondent aux droits et devoirs de chacun relativement à la répartition des tâches pour la satisfaction des besoins vitaux et l'éducation des enfants.

Mais dans une autre forme d'amitié les règles seront différentes.

1.3.5 Conflits entre amis, luttes politiques, querelles familiales

Quelles sont les causes de ces conflits et comment les résoudre (CF. §1 p. 51)

1^ § ==> Rappel : il existe trois espèces d'amitié :

utile

agréable

vertueuse

==> Pour chacune de ces trois sortes d'amitié les rapports peuvent être soit de supérieur à inférieur donc d'inégalité, soit d'égalité.

Si égalité ==> affection égale

Si inégalité ==> le plus défavorisé doit compenser son manque par une affection, une considération plus grande vis à vis du plus favorisé.

EX : Dans une relation maître / élève, l'élève doit compenser son ignorance, son infériorité par rapport au maître par du respect et de la déférence, ainsi que de la reconnaissance.

==>  Lorsqu'il s'agit d'une amitié entre hommes égaux en vertu, cette compensation se fait naturellement et personne ne se trouve lésé car personne n'attend rien d'autre de son ami que sa présence afin de lui faire du bien et non pour en recevoir.

==> Peu de conflits / amitié entre hommes vertueux.

En revanche, c'est l'amitié intéressée qui est souvent source de conflits ==> Si l'autre n'est pas aussi utile qu'il devrait l'être, ou si en compensation de son inutilité il ne fournit en compensation aucun autre avantage ==> (lire §2)

Dans l'amitié intéressée je n'attends pas de l'autre la simple possibilité de lui faire du bien, mais qu'il m'en procure aussi.

==> Raison d'être de l'amitié vertueuse : Que « chacun s'empresse de faire du bien à l'autre » (c'est propre à la fois de l'amitié et de la vertu).

Dans une telle relation l'échange se fait « naturellement », les bienfaits sont prodigués et rendus sans avoir à être demandés ni réclamés : « Nul n'est fâché qu'on lui fasse du bien, et, si l'on ne manque pas de délicatesse, on s'efforce de rendre la pareille. »

1.3.5.1 L'amitié agréable

==> (lire §3)

amitié librement consenti n'attendant pas d'autres avantages que le plaisir pouvant résulter de la présence de l'autre. Si le plaisir est absent, on n'a rien à réclamer, il suffit de mettre fin à la relation.

En revanche dans les amitiés utiles les choses se passent différemment.

1.3.5.2 Les amitiés intéressées

Souci et recherche d'un profit extérieur à la relation elle-même, et si le profit n'est pas tiré ==> récrimination et reproche.

EX : J'aide un ami dans l'espoir de recevoir son aide en retour. ==> Il est mon obligé, mais il peut y avoir désaccord s'il estime ne pas avoir reçu asse et ne pas devoir me rendre ce que moi, son bienfaiteur, j'estime qu'il me doit.

1.3.5.3 §5 ==> distinction de deux types d'amitié

Morale ==> droit naturel ==> justice morale

Légale ==> droit positif ==> justice légale

Dans tous les cas, conflit si désaccord quant au sens de la convention et quant aux engagements à respecter. Conflit si l'avantage accordé n'est pas rendu à l'autre.

Amitié fondée sur un accord de type légal (une sorte de contrat ==> type contrat commercial ==> procès, etc.

Accord moral ==> perte de confiance

==> Nécessité de toujours rendre ce qui nous a été donné, ne jamais faire comme si un avantage nous avait été accordé de manière désintéressée.

==> Nécessité de bien connaître la personne qui nous rend service.

1.3.5.4 §6, Problème de la valeur

Autre cause ce conflit, quand chacun n'accorde pas la même valeur à l'avantage accordé. L'avantage concédé au profit du bénéficiaire et au prix payé par le bienfaiteur.

Pb :Évaluation relative et subjective par rapport à l'obligé et au bienfaiteur.

Pb. / amitié utile différente amitié noble.

1.3.5.5 Autre cause de conflit : l'inégalité

Les conflits dans les amitiés où l'un a une supériorité sur l'autre.

Chacun prétend avoir le plus d'avantages.

==> pourquoi ?

1.3.5.6 Du point de vue du supérieur

Rappeler que l'on se situe toujours dans le cadre des amitiés utiles.

==> Plus vertueux, plus utile ==> plus d'avantages

Comparaison avec la société commerciale ==> plus on investit, plus on tire de profit - (profit proportionnel à l'investissement).

1.3.5.7 Du point de vue de l'inférieur

Pour l'homme dans le besoin, pour l'homme le moins méritant , l'amitié doit fournir un avantage, sinon elle est sans intérêt, elle doit au moins rendre meilleur.

« Le véritable ami doit aider ceux qui sont dans l'indigence » ==> il doit combler les manques.

==> Éviter le conflit ==> échange d'avantage de nature différente.

==> meilleur répartition des avantages et des bienfaits.

Aux avantage, il faut répondre par les honneurs.

==> Le paiement de la dette est plus qualitatif que quantitatif.

CF. ==> les rapports fils / père (en fait et en droit).

2. Éthique à Nicomaque - Livre IX

2.1 Questions disputées

2.1.1 Comment fixer le juste prix de ce que chacun apporte ?

Amitiés entre inégaux ==> La proportionnalité rétablit l'égalité et préserve les sentiments.

==> Chacun doit être aimé en fonction de son mérite, de son utilité ou du plaisir qu'il procure, selon la forme d'amitié à laquelle on a affaire (cf. p; 23 dans l'introduction).

==> Principe même des échanges ==> Une chose est échangée contre une autre en proportion de ce qu'elle vaut et dans ce cas l'argent sert d'unité de mesure.

Mais dans l'amour et l'amitié l'évaluation semble plus difficile.

Dans l'amour

==> L'amant ne reçoit pas en retour de ses prévenances ce qu'il attend.

==> L'être aimé peut reprocher à l'amant de ne as tenir ses promesses.

==> Ici la relation est fondée sur l'utilité ou le plaisir ==> instabilité

==> Si amitié vertueuse ==> faire du bien à l'autre suffit ==> stabilité

Mais dans les amitiés fondées sur le plaisir ou l'utilité, il est parfois difficile de donner à l'autre ce qu'il attend ou de recevoir, ce que l'on souhaite.

EX : relation joueur de Cithare / auditeur

Du point de vue du musicien la raison de la relation = profit

Du point de vue de l'auditeur = plaisir

Justice = rémunération proportionnelle au plaisir reçu et non de même nature (pas des éloges)

- Le juste prix de ce que chacun apporte correspond à ce qu'il attend en proportion de ce qu'il donne.

==> Qui détermine ce juste prix ?

A celui qui propose ? A celui qui reçoit ?

Différents cas de figure se rencontrent

- Protagoras = Le disciple qui avait bénéficié de ses leçons en fixait le prix

- Autres sophistes ==> le maître fixe son prix et se fait payer d'avance.

En revanche dans l'amitié vertueuse pas de conflit car chacun est récompensé en fonction de ce qu'il a donné et de ce qu'il attend ==> des marques d'amitié.

EX : L'enseignement philosophique ==> respect

==> effort = ce qu'on peut ==> Le disciple maître la même chose que ce qu'il reçoit, mais peut donner en proportion de ses capacités.

Par contre, dans l'amitié intéressée, des conflits peuvent naître s'il y a méconnaissance de ce qu'attend celui qui rend le service (ex. du joueur de cithare) et si la proportion est jugée injuste d'un côté ou de l'autre ==> Nécessité d'une convention = un accord préalable.

Sinon c'est le bénéficiaire à qui l'on a accordé sa confiance qui fixe le prix, sinon il ne fallait pas la lui accorder.

2.1.2 Doit-on sacrifier à un ami les engagements contractés

Le problème se pose ici lorsque deux engagements ne sont pas compatibles.

Ex : - On doit obéissance et respect à son père en tant que fils.

On doit obéissance et respect au chef de guerre en tant que soldat et que citoyen.

==> Que faire si mon père me demande de trahir mon chef ou dans le cas inverse ? ==> Dilemme

La règle ici ne va pas être stricte  ==> si communément il faut toujours rendre les bienfaits dont on a pu bénéficier, il est des cas qui ne correspondent pas à cette exigence ==> ex : prêter de l'argent à un prêteur qui nous en a déjà prêter mais qui n'est pas digne de confiance.

==> ici la nécessité de faire preuve de jugement et de bon sens afin d'apprécier la nature de la situation particulière dans la quelle on se trouve se fait sentir avec acuité.

« Ainsi nos raisonnements sur les passions et sur les actes doivent s'adapter aux cas d'espèces »

Ainsi dans les familles par exemple, chacun doit recevoir certaines marques de respect conformément au lien de parenté qui nous unissent à eux, mais cela se fait également en fonction des circonstances.

2.1.3 Faut-il rompre une amitié ?

(Plusieurs cas de figures sont envisagés)

Qu'une amitié disparaisse avec sa raison d'être, cela n'a rien d'étonnant, principalement en ce qui concerne les amitiés utiles et agréables.

L'amitié disparaît avec l'intérêt et le plaisir.

1)Mais PB. ==> lorsqu'il y a malentendu sur la nature de l'amitié ==> ex : lorsqu'un homme intéressé se fait passer pour vertueux. Il y a eu tromperie ==> rupture nécessaire et légitime.

2)Autre problème ==> Lorsque l'ami évolue dans un mauvais sens, de vertueux il devient pervers ==> est-ce le trahir que ne plus l'aimer ?

L'aimer ==> risque de devenir soi-même pervers conformément au principe selon lequel le semblable attire le semblable.

Dans un tel cas Aristote conseille d'éviter la précipitation ==> attendre afin de juger si la méchanceté de l'autre est irrémédiable ou non

Si non ==> L'amitié nous conduit à lui apporter un soutien moral pour qu'il devienne meilleur.

Si oui ==> La rupture s'avère nécessaire pour éviter d'être contaminé par la méchanceté de l'autre.

Cependant dans un cas comme dans l'autre la rupture ne peut être condamné, l'engagement devient caduque avec la transformation de l'ami et son passage de la vertu au vice ==> la raison d'être de l'amitié (la vertu) ayant disparue ==> l'amitié ne peut que mourir.

3)Lorsque l'ami me devient supérieur au point que je ne puisse l'égaler ==> PB :==> l'amitié suppose toujours l'égalité (cf §7 du livre VIII pp. 40, 41), lorsque l'écart entre amis est trop important, l'amitié devient difficile, voire impossible.

EX : une amitié d'enfance ; si l'infériorité de l'autre n'est pas due à sa perversité, il faut au moins cultiver le souvenir de cette ancienne amitié sans pour autant la cultiver de façon artificielle ==> juste milieu.

2.1.4 Le méchant peut-il se plaire à lui-même ?

Amitié pour autrui ==> origine = amitié pour soi(même ==> véritable amitié = aimer l'autre comme soi-même (mêmes caractéristiques) ==> lui souhaiter :

==> du bien

==> longue vie

==> vivre en sa compagnie

Amitié pour soi =

Mais pb / amour de soi

==> rechercher ce qui est bon (au sens moral - justice, etc.) pour soi ==> devenir plus vertueux ==> Seul le vertueux peut s'aimer lui-même et son amour pour lui-même qui lui permet de cultiver sa vertu.

PB : Qu'en est-il du méchant ? ==> il n'aime pas les autres, ou les aime mal (intérêt, plaisir, tromperie), mais s'aime-t-il lui-même ? ==> il ne recherche pour lui rien de ce qui est bon ==> il s'enfonce dans le vice.

Certains d'ailleurs manifestent cette absence d'amour ou d'amitié pour eux-mêmes ==> désaccord avec soi-même ==> ne supportent pas leur propre compagnie.

EX :

l'intempérant ==> tiraillé entre ses passionset sa volonté

le paresseux ou l'indolent

le criminel ==> horreur de soi

Ne se veut pas longue vie ==> peut se donner la mort.

==> Manque d'harmonie, ==> désaccord entre les actes et ce qu'indique la raison.

==> Recherche de l'autre ==> oubli de soi

==> n'aime pas les autres pour eux-mêmes

==> pas de véritable amitié avec soi-même, ni avec les autres.

2.1.5 Comment distinguer l'amitié de formes voisines ?

==> bienveillance = commencement d'amitié

==> plaisir procuré par la vue de l'autre = commencement d'amour.

L'amitié commence par bienveillance mutuelle, mais nécessite que celle-ci soit active. Non seulement il faut vouloir du bien pour l'autre, mais il faut aussi lui en procurer.

Bienveillance = souhaiter du bien à l'autre ==> « amitié inactive »

==> qui peut devenir active dans certaines conditions.

Il n'y a de bienveillance authentique que dans l'amitié vertueuse ==> dans les autres formes d'amitié, on ne se souhaite du bien qu'à soi-même.

Identité d'opinions = simple accord intellectuel entre gens qui ne se connaissent pas.

Concorde = vertu politique qui maintient le lien entre les citoyens et entre les cités.

==> les citoyens ou cités ont la même conception de leur intérêt commun (identité de sentiment, accord pratique).

Si désaccord, par exemple, sur la question de savoir s'il faut ou non faire la guerre ==> discorde.

Concorde ==> sentiments partagés, vues identiques, actions communes.

Amitié politique ==> désirs communs (justice, intérêt général), ceci n'est possible qu'entre gens vertueux faisant passer l'intérêt général avant leur intérêt particulier, mais impossible entre gens vicieux.

2.1.6 Pourquoi les bienfaiteurs aiment-ils plus leurs obligés que ceux-ci n'aiment leur bienfaiteur.

Explication par comparaison, analogie avec le rapport du débiteur à son créancier.

Mais comparaison discutable car l'analogie ne se justifie pas, le rapport n'est pas le même ==> le crancier ne doit pas nécessairement ressentir d'affection pour son débiteur à la différence du bienfaiteur. La comparaison devrait plutôt porter sur le rapport de l'artiste à son oeuvre.

Explication :

oeuvre ==> cultive le sens de l'existence

3 sources de plaisir

1)Activité présente ==> + grand

2)Espoir / futur

3)Souvenir / passé

Du point de vur du débiteur ==> seul l'utilité et l'intérêt de l'acte apparaît et non sa beauté.

Bienfait ==> plaisir

==> plaisir / souvenir d'une belle action

Bienfaiteur = agent ==> actif + d'effort

Débiteur = passif

2.1.7 Doit-on s'aimer soi-même par dessus tout ?

Distinction entre l'égoïsme vulgaire et l'égoïsme noble et vertueux.

Apparemment ==> vertueux = altruiste

==> vicieux = égoïste

Tout dépend du sens que l'on donne à ces mots.

l'altruisme ne va pas sans amour de soi (cf §4, p.64)

==> deux formes d'égoïsmes

==> autrui n'est plus un moyen mais une fin

==>Ce n'est plus la partie irrationnelle de l'âme, la partie sensible où règnent les passions qui est satisfaite, mais la partie rationnelle et intelligible où règne l'universel et non le particulier.

==> on peut se sacrifier par égoïsme et pour les autres ==> réalisation de ce qu'il y a de plus élevé en soi.

S'aimer soi-même = réaliser ce qui est vraiment humai, ce qui nous est propre et l'humanité se réalise dans la vertu ==> réalisation de la perfection de sa nature d'être social et doué de raison.

==> Égoïsme vulgaire ==> condamnable à juste titre, ce n'est pas un vrai égoïsme car le moi se nuit à lui-même.

==> Égoïsme noble : Digne de louange, il n'y a rien en lui de péjoratif.

==> possibilité de se sacrifier par égoïsme.

==> en ce sens l'égoïsme est un devoir.

2.1.8 L'homme heureux a-t-il besoin d'amis ?

Bonheur ==> se suffire à soi-même

==> posséder tous les biens véritables, or l'ami est un bien véritable.

N'y-a-t-il pas là contradiction ?

Comment l'homme heureux pourrait-il satisfaire sa vertu s'il n'avait pas d'amis à contenter ?

==> Insistance sur la nature politique de l'homme ==> l'homme heureux a nécessairement besoin d'amis.

_____________

Examen de l'opinion contraire

L'homme heureux n'a pas besoin d'amis au sens de l'amitié utile ou agréable

==> raisonnement spécieux (faux, incomplet, trompeur).

_____________

Bonheur = activité état qu'il faut entretenir par des actes ==> action vertueuse envers ses amis et contemplation des leurs.

==> L'amitié entretient la vertu.

==> plaisir à être entre hommes vertueux = acte même de la pensée.

==> L'amitié entretient le plaisir d'exister.

2.1.9 Faut-il s'efforcer d'avoir beaucoup d'amis

Les amitiés utiles et agréables doivent être limitées.

Amitié vertueuse ==> nécessité de l'intimité, incompatible avec le grand nombre.

2.1.10 A-t-on plus besoin d'amis dans le bonheur que dans l'infortune ?

Dans les deux cas on a besoin d'amis, mais pas nécessairement les mêmes.

infortune ==> amis utiles indispensables

==> ce qui n'exclut pas les autres.

bonheur ==> amis vertueux, beau

L'ami est bénéfique car il partage nos peines.

Mais PB ==> Si on aime ses amis on ne veut pas les faire souffrir, donc bien qu'on ait besoin d'eux on essaie le moins possible de leur faire partager nos peines - cf. les hommes de caractère fort - etc.

==> Chez l'homme vertueux ==> il doit rechercher ses amis quand il est dans le bonheur pour leur faire partager sa joie et les éviter quand il est dans le malheur pour ne pas les attrister.

==> Mais l'homme vertueux doit ainsi s'inquiéter de savoir si ses amis sont dans le malheur même s'il ne le demande pas (et s'ils sont vertueux, ils ne le demandent pas).

2.1.11 Pourquoi désire-t-on vivre avec ses amis ?

2.1.11.1 Les bienfaits de l'amitié

Actualise la conscience de l'existence

Aimer la vie dans une activité commune

Émulation chez les gens de bien, mais entraînement au mal chez les méchants

==> Chez les gens de bien l'amitié rend plus vertueux.


Footnotes

... terre »1.1
Euripide, poète tragique grec (-480, -406). La citation semble être tirée d'une oeuvre qui nous est inconnue.
... Héraclite1.2
Héraclite, (-576, -480), philosophe présocratique dont la pensée se fonde sur le principe selon lequel l'harmonie apparente du monde s'établit sur l'union momentanée des contraires.
... Empédocle1.3
Empédocle, -490, -435, penseur présocratique, auteur d'un poème Sur la nature des chose, l'univers est formé selon lui des quatre éléments (eau, terre, air, feu) qui sont unis par l'amour.